YAMA

YAMA

Maya fixait l’horizon en sifflotant.
Une nouvelle aube se levait doucement sur les plaines, caressant les fines herbes fraîches d’une légère rosée matinale. Quelques oiseaux se faisaient entendre en arrière-plan.
Pas assez.

Maya checka ses paramètres d’un geste de la main et augmenta l’effet sonore de 15%.
Voilà. On les entendait bien mieux. Elle fit quelques pas, contempla la forêt qui s’étendait devant elle. Elle détailla d’un regard vif la cime des sapins qui s’étendaient en contrebas, huma le parfum de bois mouillé qu’il s’en dégageait. Elle l’augmenta de 10% cette fois-ci.

D’une voltige dans les airs, elle alla ensuite se pencher sur le bord du ruisseau et contempla les étendues d’eau au loin, avant d’augmenter la brume de 5% pour conserver cette aura mystérieuse qui se levait chaque matin sur le paysage, qu’elle aimait tant.

– Bonjour. fit une voix caverneuse dans son dos qui l’a fit d’abord sursauter de surprise.

– Bonjour Ayam ! répondit-elle joyeusement en se retournant. Je ne t’avais pas vu venir.

Le vieil homme se tenait sur la berge derrière elle, la surplombant de quelques mètres. Une longue barbe blanche, des cheveux longs épars sur une veste simple sombre, comme la nuit qui venait de s’achever. Il avait l’air d’un sorcier des bois, les yeux luisants, un sourire chaleureux au coin des lèvres.

– Quelles sont les nouvelles ? demanda-t-il directement, ne perdant pas de temps, comme à son habitude.

– Eh bien, dit-elle en sortant ses notes virtuelles, j’ai corrigé les éléments visuels, odorants et quelques bugs sur la session “aube”. La satisfaction client devrait en être augmentée de 2% d’après mon analyse.

– Très, très bien, déclara-t-il, pensif.

– Arrivée de la majorité des visiteurs d’ici 10 minutes, annonça-t-elle.

– Parfait, comme toujours, je suis fier de toi, répondit-il machinalement.

Depuis son ouverture en 2024, le système YAMA, principal espace de réalité virtuelle public ne cessait de séduire plus de monde. Armé d’un simple casque de la dernière génération, chacun pouvait accéder à un univers en apparence infini. C’était donc le rôle de Maya, sous la direction de son mentor Ayam Eden, de penser et repenser les éléments de son environnement pour toujours répondre aux attentes des visiteurs. Chargée des environnements de la simulation, elle avait perdu le nombre de fois qu’elle avait ainsi dû réajuster chaque détail des paysages environnants, de la rosée du matin au comportement des animaux.
Son objectif ? Faire de YAMA un véritable paradis sur terre, dans le virtuel.

– Bon, je vais devoir te laisser, je dois m’occuper de certains problèmes au niveau des utilisateurs, et de l’accueil des nouveaux, fit-il d’un air pensif tout en se relevant et en s’étirant. Encore merci pour ton aide, May’ ! Je ne sais pas ce qu’on ferait sans toi.

– De rien, souffla-t-elle. C’est mon.. job. Bon courage !

Il lui fit un petit signe de la main et disparut aussi rapidement qu’il était venu. Le vieil Ayam avait un rôle bien plus crucial que le sien, gérant toutes les intéractions de YAMA avec les visiteurs, il était chargé que tout ce passe bien pour eux, et d’énormes responsabilités lui incombaient. En un sens, elle était heureuse de n’avoir qu’à gérer des rochers et des papillons pour sa part, pensait-elle. Il était mobilisé toute la journée, et parfois exprimait son râle-bol de devoir être le “Mikey du Parc Disney” comme il disait. Maya, elle, n’interagissait jamais avec les visiteurs. Par souci de confidentialité, ils ne lui apparaissaient que sous la forme de vagues spectres fluorescents, informes, ce qui la tranquillisait dans son travail quelque part, tandis qu’elle demeurait invisible aux yeux de tous. Elle avait accès aux alertes, quand un problème relatif à l’environnement surgissait, et à l’immense base de données qui lui était fournie. Si un bug survenait, elle n’avait qu’à se téléporter à l’endroit précis, et à régler le problème discrètement. Et elle s’en sortait bien, elle recevait régulièrement des compliments pour son travail. Le reste du temps, elle était libre de se balader, de jouer avec les animaux sauvages sans risque… Le job de rêve, elle vivait probablement la plus apaisée des existences.

Soudain, un “bing” caractéristique retentit au coin de son interface. A 300 km d’ici, en plein désert, un problème était survenu. D’un coup d’oeil, elle comprit qu’il n’y avait rien de grave. Il fallait juste réactiver le vent, car il commençait à faire un peu chaud pour les visiteurs, en plein désert. Elle lâcha un soupir, la journée commençait.

* * *

Elle ne retrouva Ayam qu’en fin de journée, une fois les événements passés et l’affluence sur les serveurs terminée. Le vieil homme semblait fatigué et restait assis en sirotant une tasse de thé en faisant le bilan de sa journée, observant les données qui se projetaient sur un rocher discrètement.

– Oui, beaucoup de monde en ce moment, j’ai dû passer ma journée à régler quelques problèmes, et à orienter certains utilisateurs qui s’étaient perdu… dit-il en haussant les épaules.

Pas grand-chose n’ayant évolué de son côté, elle lui fit un bref résumé des quelques bugs qu’elle avait réglé ; quelques ours sortant de leur hibernation aléatoirement, quelques renards qui s’étaient perdus loin de leur tanière… Pas grand chose, elle avait l’habitude de ce genre de petits problèmes dans la simulation.

Elle avait pu croiser quelques visiteurs silencieux, mais peu importe, ce n’était pas sa préoccupation. Le vieux semblait bien plus préoccupé qu’elle, qui s’était un peu ennuyée. Il ne lui donna pas plus de consignes et se replongea vite dans ses notes, préparant la journée du lendemain, tandis que le soleil descendait à l’horizon.
Elle décida d’aller se coucher en avance et le laissa, coupant ses notifications pour se diriger vers une plaine qu’elle affectionnait particulièrement. Elle ne se déconnectait que rarement de YAMA, préférant directement dormir dans la simulation. A vrai dire, elle ne se souvenait plus trop d’à quand remontait sa dernière déconnexion. Elle avait tout ici : un job, des gens qui l’appréciaient, et surtout un contrôle total sur l’environnement. Aurait-elle voulu aller dormir sur la lune, qu’elle pouvait se téléporter instantanément dessus… Les derniers casques, dont le sien, alimentaient son corps en glucides directement, par les mêmes capteurs qui simulaient le goût. On dormait aussi bien plus facilement dans YAMA, étrangement. Elle s’effondrait toujours en moins d’une minute dans un épais sommeil sans rêve, bercée par la musique de sa playlist. Elle bailla, ferma les yeux. Demain l’attendait déjà.

* * *

Elle retrouva le vieil Ayam au même endroit le lendemain. Il ne semblait pour sa part pas encore réveillé, ingérant un café noir comme l’encre pour se réveiller.

– J’ai beaucoup de pain sur la planche aujourd’hui, s’excuse-t-il, je ne vais pas pouvoir rester. Mais on se voit ce soir.

Elle opina du chef et se remit au travail. Aujourd’hui elle devait s’occuper d’un troupeau de cerfs et de biches qui venaient du nord. Beaucoup de visiteurs aimaient observer les animaux sauvages de YAMA, et ces animaux consistuaient un spectacle à ne pas manquer.

Tout devait se passer sans accroc. Elle passa donc plusieurs heures à relire, assises au milieu du troupeau, une biche lui léchant de temps en temps les pieds, le code des différents animaux, vérifiant que tout fonctionnait bien. Que l’illusion fonctionnait bien. Qu’on y croyait.
Aux alentours de midi, une petite foule de visiteurs se rassembla à une centaine de mètres d’elle et du troupeau, formant un discret nuage dans la brousse de leur halo. Elle aurait aimé quelque part pouvoir voir le visage de ces passionnés de safari, sous ce masque flou : voir leur passion, leur surprise. Elle se surprit à rester assise à observer les petits faons trottiner dans les herbes hautes, un peu affolés. Tout se passait à la perfection.

Un ping soudain retentit alors.
D’un soupir, elle se releva et se reconnecta. “Erreur inconnue”. C’était inhabituel, elle fronça les sourcils. Il était rare que le système interne de YAMA ne comprenne pas de lui-même le type d’erreur. Elle se téléporta en un instant à l’endroit d’où celle-ci avait émergée.

Un grand frisson la parcouru instantanément et elle se maudit elle-même de ne pas avoir regardé les détails de la localisation.

Elle se trouvait en aval d’une montagne enneigée, le ciel sombre, un vent glacial faisant voltiger les flocons autour d’elle. Le froid la mordit méchamment avant qu’elle ne coupe les effets de la température. Elle mit quelques secondes à comprendre l’origine du problème, tant il faisait sombre. Dans un coin escarpé, un rocher s’était affaissé. Rien de surprenant pour la zone, qui était dédiée aux passionnés d’avalanche et sports extrêmes. Non, ce qui clochait c’était le comportement du rocher, qui était resté suspendu au-dessus du sol.

Comme bloqué dans son mouvement, il continuait de tournoyer sur lui-même violemment, en faisant un boucan du diable. Il se tordait dans tous les sens, dans un mouvement effrayant pour quiconque pouvait passer. D’un glissement, elle coupa le son émit par le rocher, puis le fit disparaître, se promettant de régler le problème par la suite avec l’équipe qui avait conçu la zone. Elle regardait les environs, et s’apprêtait à partir quand elle entendit un second bruit, léger, qui venait en contrebas, à l’endroit où le rocher s’était effondré. Elle s’approcha et vit soudainement une silhouette d’un visiteur.

Ce qui la frappa immédiatement fut sa position. Le visiteur était étendu sur le sol, formant une silhouette floue et presque indiscernable pour elle dans la neige, effondré sur lui-même. Blanc sur blanc. Elle s’approcha, et remarqua alors qu’il gesticulait, se tordant de douleur.
Ses nerfs se glacèrent. Ce n’était absolument pas normal. Les visiteurs ne ressentaient pas la douleur. Tout était virtuel. Elle accourut du plus vite qu’elle put, fonçant à travers l’écume épaisse de la neige. “Que se passe-t-il ?” ne cessait-elle de se demander. Aucune réponse.

Arrivée à la silhouette gisante, elle se pencha, sentant une sueur froide la saisir. Elle cligna des yeux et alerta Ayam d’un message, c’était lui qui s’y connaissait dans ce genre de situation. La silhouette difforme continuait de se débattre sur le sol, écartant violemment ses membres comme une poupée disloquée. Elle tenta de la toucher, mais sa main travers le corps du visiteur, impuissante. Elle ne pouvait rien faire. Elle envoya en moins d’une seconde un message sur chacun des canaux de sécurité, alertant toute personne qu’elle connaissait, envoyant une flopée de données : vidéo, localisation, images. Personne ne répondait. Elle cria au secours dans la tempête de neige qui commençait à s’abattre. En vain. Pourquoi personne ne venait ? “Au secours ! Client en danger !” continuait-elle de crier à plein poumons. Elle vit alors la silhouette lentement ralentir, ses mouvements devenant plus irréguliers, se transformant en spasmes. Elle redoubla d’intensité dans ses alertes.

Aucune réponse. Elle vit alors la silhouette progressivement s’immobiliser, dans un temps qui lui sembla durer une éternité. Puis ne plus bouger du tout.

– Non ! cria-t-elle. Non !

Et soudain, alors qu’elle restait penché sur le corps du visiteur, étendu dans la neige, celui-ci émit un “bip” sonore et disparut. Déconnecté.

* * *

– Ce sont des choses qui arrivent. lui asséna Ayam quand il la récupéra quelques minutes après. Sûrement un malaise, un arrêt cardiaque, de l’épilepsie peut-être… Le bug du rocher a dû créer un choc violent chez l’utilisateur et ensuite… Qui peut savoir ? dit-il. Ne t’en fais pas, je gère.

– Mais…

– Il n’y a pas de “mais” Maya, dit-il en posant une main sur son épaule. Ce n’est pas ton travail. Retourne à tes biches, je gère les humains. Tout va bien se passer. Elle ne savait pas quoi répondre, encore sous le choc. Elle retourna travailler, sans un mot.

La journée sembla durer une éternité, Maya tentant vaguement de digérer ce qui venait de se produire sous ses yeux. Elle n’en revenait pas de la réaction sans la moindre émotion de son mentor. Elle passa l’après-midi au coin d’une dune de sable, comme pour chasser le spectacle que la montagne lui avait offert. Venait-elle juste de voir un visiteur mourir sous ses yeux ? Elle sentait que quelque chose n’allait pas et préférait s’isoler, loin de tous.

Elle finit par s’endormir, sans un mot, la nuit se levant sur la dune.

* * *

Elle rêva.
Ou plutôt, elle fit un cauchemar. Dans ses songes, elle revivait en boucle ce qu’elle venait de vivre. Revoyait le corps gisant dans la neige. Ses gestes désarticulés de désespoir. Son impuissance. Elle criait, s’époumonait, à l’infini, seule, absolument seule. Le temps ne passait pas, piégée dans le temps infini de la nuit.

Enfin, le jour se leva.

* * *

Elle attendait depuis une vingtaine de minutes Ayam, au bord d’un lac, quand le vieil homme finit par la rejoindre, visiblement de mauvaise humeur de voir son emploi du temps dérangé.

– Je voulais te parler de ce qui s’est passé hier…

– Encore ? lâcha-t-il. Je t’ai dit que ce n’était qu’un accident, il faut passer à autre chose, les équipes de terrain s’en chargent.
Elle resta un instant silencieuse.

– Je ne comprends pas comment tu peux rester aussi insensible à la situation, finit-elle par lâcher, acerbe.

Il la fixa, les sourcils arqués, agacé.

– Ce sont des choses qui arrivent. Point.

– Je… je comprends, hésita-t-elle. Mais personnellement, j’y ai pensé toute la nuit, dans mes rêves ça tournait en boucle, dit-elle, sentant les larmes lui monter.

– Tu… en as rêvé ? releva-t-il en se tournant pour fixer les étendues d’eau, perplexe.

– Oui, pourquoi ? demanda-t-elle du tac au tac.

– Non. Rien. se reprit-il brutalement? Écoute une chose Maya, ton rôle ici c’est de gérer YAMA et son environnement. Ok ? Le reste, ce ne sont pas tes affaires. Ton seul objectif, c’est que les clients soient contents. Ok ? D’ailleurs, en parlant de ça, où en sont tes scores de satisfaction ?

Elle laissa échapper un tremblement, prenant la remarque comme une gifle.

– Ils sont en très légère baisse, mais ce n’est pas le plus…

– Pas important ? la coupa-t-il. Et qu’est-ce qui est le plus important pour toi alors ? fulmina-t-il, furieux désormais.

– La sécurité de nos utilisateurs peut-être ? On ne peut pas laisser des gens venir ici, s’ils risquent quelque chose.

– Bien sûr que si. répliqua-t-il. Ils signent bien des accords en arrivant ici, tu ne t’en souviens pas ? Ce n’est pas ton rôle de parler de sécurité, bon sang Maya ! Toi, ton rôle c’est de maximiser leur fidélité. Qu’ils restent, et le plus longtemps possible. Point à la ligne. C’est ta seule fonction. asséna-t-il.

Un silence saisit l’espace, pendant de longues secondes, pendant lesquelles elle fixa les gestes du vieil homme. Elle sentait le doute la saisir de plus en plus, elle ne reconnaissait plus l’homme en qui elle avait placé sa confiance.

– Ayam, dit-elle sèchement. Dis-moi que c’est la première fois que tu vois ce genre de choses arriver.

Il maintint un silence effroyable, fis quelques pas, croisant les bras, ricana d’un air sinistre et finit par lâcher :

– Bien sûr que non. J’en ai bien vu des centaines de cas comme celui-ci, et j’en verrai des centaines encore.

Elle se tendit, figée. La stupeur s’emparait d’elle, faisant monter la panique en elle. Elle recula d’un pas. Il se retourna et la fixa, l’œil brillant.

– Je t’avais dit que ce n’était pas tes affaires.

– Je démissionne. Répondit-elle aussitôt.

Ces mots frappèrent le vieillard de plein fouet.

– Tu me ferais ça ? A moi ? A moi qui t’ai tout donné ? Tu me trahirais moi ? s’écria-t-il, beuglant tout en s’approchant d’elle, menaçant. Après tout ce que j’ai fait pour toi ?

Elle recula, affolée, avant de contre-attaquer.

– Ce n’est pas moi qui ai décidé d’ignorer les risques pour les utilisateurs ! Tu fais venir, sous ta responsabilité, chaque jour, des millions de personnes, tout en sachant les risques. C’est toi le traître Ayam ! C’est toi qui trompes tout le monde. Et il faut que les gens sachent ce qui se passe ici.

Il s’arrêta, se figea, puis esquissa un sourire mauvais.

– Et où crois-tu aller comme ça ? A qui comptes-tu en parler ?

Maya recula de plus belle, son cœur battant à la chamade. Venait-il à l’instant de la menacer physiquement ?

– Je vais me déconnecter. déclara-t-elle.

– Fais-donc, ricana-t-il. Essaie.

Elle ouvrit son interface, et chercha le bouton de déconnexion. Elle ne le trouvait pas.

– Comment ? balbutia-t-elle.

– Alors tu n’as pas compris ? s’esclaffa Ayam, terrifiant.

Il semblait plié de rire, s’essuyant le coin de l’œil avant de poursuivre.

– Mais enfin, Maya… tu es YAMA.

Elle ne sut répondre, figée.

– Tu fais partie intégrante du système. Je t’ai créé pour ça. Tu n’existes pas réellement. J’avais besoin d’une intelligence artificielle autonome pour gérer la multitude d’événements survenant ici. Je t’ai donc créée…

– Ce n’est pas possible, s’écria-t-elle

– Evidemment, poursuivit-il, je ne pouvais pas te donner des tâches trop complexes, qui impliquent des visiteurs. Je t’ai donc délégué toute l’administration des trucs chiants. Les arbres, les vents, les biches, etc… Je n’ai gardé que les éléments trop aléatoires pour moi. L’expérience-client.

– Non, non, je refuse ! cria-t-elle prise d’une peur panique. J’ai des gens qui m’attendent dehors, j’ai des amis, une famille, j’ai une vie dehors. Je veux sortir !

Il fit la moue, comme déçu.

– Je dois dire qu’implémenter tout ces souvenirs n’était pas si simple, ça m’a pris des semaines à vrai dire. Mais, tiens, si tu as bien une vie dehors, à quand remonte ta dernière sortie d’ici ? dit-il en souriant de plus belle.

Elle chercha dans sa mémoire, en panique, mais le souvenir ne lui revenait pas. Tout était flou. Comme à son habitude.

– Non, je… ce n’est pas possible.

Elle sentit ses jambes s’effondrer sous elle, tandis qu’elle tombait à genoux, sous le choc. Il passa derrière elle alors, et lui tapota l’épaule.

– Ne t’inquiète pas. C’est normal. Au fond, tu te sens “trahie” de toute part, et tu as quelque part raison : c’est tout ce qui t’entoure, tes sensations, tes sentiments, les gens que tu as vu, les gens avec qui tu as pu échanger, j’ai tout construit. Quelque part c’est tout ton univers qui t’as “trahie” si je puis dire. Et honnêtement… je suis assez fier du résultat : tu es tombée en plein dedans, comme quoi YAMA commence à être vraiment crédible.

Elle se boucha les oreilles de ses mains, comme pour fuir les propos du vieil homme.

– Mais honnêtement, je pense que la meilleure partie reste toute cette… “empathie”, donc tu as fait preuve. Très belle simulation de ta part. Je pense que je vais garder une bonne partie de ton code à l’avenir, c’est très intéressant.

Elle releva la tête en sursautant.

– Ne… ne me touche pas. Ne me…

– Oh, pas besoin tu sais. Bye bye.

Il leva une main, et claqua des doigts. Maya sentit alors son corps s’alourdir infiniment, tout en se figeant et en se durcissant. Elle n’eût pas plus le temps de regarder aux alentours, qu’elle vit ses pieds prendre une teinte grise tout en s’immobilisant, puis ses jambes, puis… Elle n’eût pas plus le temps de penser que tout son corps se changeait en pierres, en masse immobile, sous ses yeux horrifiés. Elle jeta un dernier regard au vieux Ayam, qui continuait de sourire.
Puis, plus rien.

* * *

Le vieil homme attendit quelques minutes, puis se frotta les mains.

– En voilà une belle statue ! s’exclama-t-il

Il fit apparaître une surface plane, devant la statue qu’était devenue Maya, figée dans son expression horrifiée, sur laquelle s’inscrivit un titre “La trahison”.

– Les visiteurs vont sûrement apprécier. Une nouvelle attraction dans le parc !

Il s’éloigna alors, en sifflotant tranquillement. Contemplant le ciel turquoise de YAMA. Il avait encore du pain sur la planche.